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Parlons - encore - d'écriture : le haïku

Dernière mise à jour : 24 oct. 2023

Aujourd’hui, je vais vous parler du haïku, de façon générale tout d'abord - et sans trop m’y attarder - au cas où vous ne seriez pas trop familier de ce mini poème japonais. Ensuite, je vous indiquerai comment et pourquoi j’en suis venue à créer des haïkus et comment cette pratique intervient, plus largement, sur mon écriture.


Avant le XVIIème siècle


Au 15e siècle existait le renga, œuvre collective. Chaque auteur devait proposer une fin à de longs poèmes par deux strophes, l’une de 17 syllabes (5, 7 et 5) et l’autre de 14 syllabes (7 et 7). Le style devait faire référence aux classiques et à la poésie médiévale.

Au 16e siècle, le renga se voit supplanté par le haïkaï-renga, obéissant aux mêmes règles métriques, mais de facture populaire et humoristique.

Certains poètes de haïkaï ont isolé les 17 syllabes (hokku) pour en faire des poèmes à part entière. Le haïkaï-hokku allait devenir le haïku, dans lequel on introduit, selon la tradition, un kigo, c’est-à-dire un mot de saison.


Les grands maîtres du haïku


Bashô (1644-1694), issu d’une famille de samouraïs est attiré par la poésie. Il rejoint la ville de Edo, centre littéraire important, et vers trente ans, devient professeur de haïkaï. Vers la quarantaine, il se retire dans l’ermitage du « Bananier », d’où lui vient son nom de plume (Bashô), entouré de quelques disciples. Il étudie le bouddhisme zen et imprime un style nouveau, orienté vers le spectacle de la nature, à ce qui sera nommé ultérieurement

« haïku ».


De quel arbre en fleur ?

Je ne sais pas.

Mais quel parfum !


Remarque : La traduction ne peut retranscrire le 5,7 et 5.


Buson (1716 - 1783) apporte une diversification à la définition du haïku par Bashô en y introduisant l’observation de la vie ordinaire :


Soir de printemps -

De bougie en bougie

la flamme se transmet.


Il développe, sinon invente le haïga, peinture-haïku.


Autoportrait
Buson -Haïga

Remarque : Malheureusement, je n'ai pas la traduction des kanjis.


Issa (1863-1828) fait entrer le comique, l’empathie, les ressentis personnels dans le haïku.


Le papillon bat des ailes

comme s'il désespérait

de ce monde.


Shiki (1867-1902) : nomme « haïku » le haïkaï-hokku, et fonde le haïku moderne en rédigeant une étude critique de l’œuvre de Bashô. Il crée la revue « Hototogisu » qui, après sa mort, est reprise par ses successeurs. Le muki-haïku, c’est-à-dire haïku sans mot de saison, bien qu’existant auparavant, se répand.


Un mangeur de kakis

qui aimait les haïkus,

ainsi faudra-t-il se souvenir de moi.


Remarque : Shiki, atteint prématurément de tuberculose est mort à 35 ans.


À partir du XXème siècle, le haïku quitte l’Empire du Soleil levant

Entre 1903 et 1905, trois jeunes gens, dont Paul-Louis Couchoud qui avait vécu au Japon, entreprennent de naviguer en péniche sur les canaux français. Le haïku est souvent lié au voyage, ils publieront sans le commercialiser un petit recueil de 72 tercets en vers libres, « Au fil de l’eau », considérés comme les premiers haïkus français.

Les deux guerres mondiales, la tragédie d’Hiroshima font apparaître ce qui est nommé haïku de guerre.

Le senryu, haïku humoristique et satyrique déjà pratiqué au cours des siècles précédents, se propage largement, de même que le haïku érotique et nous voyons poindre des haïkus politiques, philosophiques, sociologiques. Liberté également quant à la forme, pour certains du moins : haïkus en une ligne, deux lignes, peu importe le nombre de syllabes. Je ne porte pas de jugement et pense que chacun, au fil de la pratique, doit forger ses propres règles.


Pour moi, le haïku…

Forte de ce principe énoncé par Bashô, « Le haïkaï n’est pas dans la lettre, mais dans le cœur », je me suis donné les miennes, dont voici les principales :

· Comme il est difficile, avec nos fameux « e muets » de respecter stricto sensu le nombre de syllabes, j’applique cependant le court-long-court, par exemple 4,6 et 4 ou 4, 7 et 5 ;

· Je n’utilise pas systématiquement le mot de saison ;

· Je recherche le souffle, la fluidité ;

· le sens ;

· l’immédiateté, ce qui n’exclut pas le travail ultérieur…


Le Haïku de Grez, un exemple de mon cru :


Depuis le village,

les anciens parapets mènent

au soleil levant.


Voyez, sur le site, la page "mes haïkus, mes haïshas, mes haïgas"


Pour Bashô et de nombreux haïkistes à sa suite, le haïku est lié à la promenade, au voyage ; aussi lorsque je me promène – au propre – dans la rue, dans la forêt, sur la plage, ou au figuré dans ma vie, mes souvenirs, je demeure attentive à ce qui peut m’interpeller, accrocher mon attention, mon regard, et si une phrase vient, elle sera malaxée, mise en forme comme un morceau d’argile. Ce petit choc, me semble-t-il, se trouve à l’origine de toute œuvre d’art véritable, et pour moi, travailler le haïku, c’est travailler plus largement ma propre inspiration.


Le haïku dans le monde

Largement répandu dans le monde francophone – https://www.association-francophone-de-haiku.com/– le haïku, parallèlement au développement d’Internet s’est internationalisé. Si vous êtes anglophone, germanophone, russophone, il vous suffit de taper « haïkus en anglais, en allemand, en russe » pour voir abonder les sites.


Merci de m'avoir lu.

Autre article en préparation : Le haïga, le haïsha


J'offre aux lecteurs qui me le demanderont le PDF d'un article sur "Le Haïku au Japon et en Occident" écrit en 2008 à l'occasion d'une manifestation à Grez-sur-Loing pour célébrer le 150ème anniversaire des relations franco-japonaises.









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